Mercredi 15 janvier 2020 au soir, Le Planning Familial a organisé en avant-première une projection du film documentaire argentin Que sea ley, dont le titre français est Femmes d’Argentine. Petite critique de la part de la réalisatrice de Socorristas.

Ce documentaire réalisé par Juan Solanas raconte la mobilisation des féministes et défenseur-ses des minorités d’Argentine en faveur de la légalisation de l’avortement en 2018. Le film a donc été tourné sur la même période que le documentaire Socorristas sur lequel je travaille actuellement. Toutefois, son point de vue est totalement différent. En le visionnant, deux choses m’ont frappée, certainement parce que j’ai justement fait pour mon film des choix diamétralement opposés.

Vision très sombre

La première est la vision très sombre de l’avortement clandestin en Argentine. Le film raconte très bien les risques encourus par les femmes qui avortent en recourant à des moyens d’un autre âge: aiguille à tricoter, « potion », branche de persil enfoncée dans l’utérus. Il donne à voir des témoignages poignants et essentiels.

Toutefois, il ne donne pas à entendre le témoignage des Socorristas et le magnifique travail d’accompagnement qu’elles font, pour que les avortements des femmes qu’elles suivent se déroulent dans de bonnes conditions d’écoute et de sécurité. Cela, malgré le fait que Juan Solanas ait rencontré de nombreuses Socorristas.

Vente de foulards
J’ai profité de la soirée pour vendre des foulards verts et un livre édité par les Socorristas…

La parole aux croyants

D’autre part, le film consacre pas mal de temps à présenter les arguments de croyants expliquant qu’avoir la foi n’amène pas nécessairement à s’opposer à l’avortement. Je ne voyais pas ce que cela apportait au film.

En réalité, je comprends finalement ces deux partis-pris. Juan Solanas fait un film pour convaincre de l’importance de la légalisation. Un film destiné aux croyants qui pensent qu’il faut interdire l’avortement, ainsi qu’aux personnes qui ne se rendent pas compte de la misère et de la souffrance des femmes qui avortent dans de mauvaises conditions.

Pour atteindre ce but, montrer le côté sombre de l’avortement clandestin est très convaincant. Ecouter les réflexions de prêtres progressistes aussi.

Du côté des Socorristas

Le film Socorristas, de son côté, donnera à voir l’enthousiasme joyeux de la lutte des Socorristas, des avortements qui se passent bien, dans la sororité et sans complication.

Il se concentrera sur le petit groupe de Socorristas Córdoba Hilando que je filme, montrera leurs débats internes, leurs moments de grâce et leurs moments de découragement. Dans ce contexte, j’ai choisi de me concentré sur leur parole. Contrairement à Juan Solanas, je ne suis pas allée recueillir la parole de personnes extérieures à ce groupe, comme des prêtres ou médecins pro-avortement. Ce sera un film sur la lutte et l’engagement de ces militant-e-s, sur la difficulté et la grandeur de cette lutte.

Nos deux films seront donc très complémentaires.

J’ai assisté à la projection avec un groupe de militantes de l’association parisienne Alerta Feminista à laquelle j’appartiens. Deux militantes, Paola et Natalia, ont participé au débat après la projection, présentant la situation de l’avortement en Colombie et au Salvador, d’où elles viennent.

Femmes d’Argentine (Que Sea Ley) de Juan Solanas sortira en France en mars. La bande-annonce est ici: https://vimeo.com/356483469

La campagne de financement participatif (crowdfunding) de Socorristas – le film se déroulera entre le 8 mars et le 8 avril 2020 sur Ulule. Je vous tiendrai au courant!

Une intéressante critique du film par la publication Révolution Permanente http://revolutionpermanente.fr/A-Cannes-le-tapis-se-teint-en-vert-par-la-legalisation-de-l-IVG-en-Argentine

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